Retraites des femmes : toutes pauvres à 67 ans

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manif-retraites-femmes Si les inégalités salariales subies par les femmes sont un sujet que la CGT dénonce depuis fort longtemps, la question des retraites à ce niveau est révélatrice d'un malaise profond que notre société ne peut valider par des dispositions plus draconiennes encore. Les carrières des femmes sont rarement linéaires. Lorsqu'à l'approche de la retraite, les travailleuses font leurs calculs, la surprise est de taille. D'ores et déjà, de nombreuses femmes subissent la pauvreté. Qu'adviendra-t-il demain, lorsque l'âge légal de départ à la retraite à taux plein sera fixé à 67 ans ? Paroles de femmes1...

Avec 5 enfants, je travaillerai au-delà de 67 ans, par Gisèle D.

Je suis née en 1949. J'ai eu cinq enfants. Je poursuivais des études lors de mes deux premières grossesses (le premier enfant est décédé à la naissance), je faisais également des "petits boulots", dont des vacations à la bibliothèque Beaubourg. Après une année d'auditrice stagiaire, j'ai été reçue au concours de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) en 1975. J'ai eu par la suite trois autres enfants, mon troisième est mort à 2 mois et demi. J'ai 61 ans, je travaille toujours.
Voulant faire valoir mes droits à la retraite – notamment pour bénéficier de l'"avantage" des trois enfants, je découvre que des doutes sont émis sur ce droit, car l'un des enfants que j'ai élevés (au-delà de neuf ans, c'est la condition) est né alors que je n'avais pas encore intégré l'ENM. Je ne pourrai bénéficier d'une retraite à taux plein qu'à 65 ou 67 ans, si la réforme passe.

A 62 ans, mon employeur me gardera-t-il ?, par Annick M.

Je me suis mariée début 1969, à une époque où les femmes restaient encore à la maison. J'ai eu quatre enfants, nés entre 1969 et 1983. Mon ex-mari – nous avons divorcé il y a 18 ans –, qui gagnait correctement sa vie, m'avait fortement dissuadée alors de travailler (pour ne pas payer d'impôts en trop !). J'ai donc travaillé après notre divorce, il y a 15 ans.
Avec les huit années accordées pour mes quatre enfants, j'ai donc vingt-trois ans d'annuités. Je dois travailler jusqu'à 65 ans pour avoir une retraite de... 600 euros ! J'ai 62 ans et demi ; mon employeur me gardera-t-il ?

Retraite des assistantes maternelles, par Alain A.

Mon épouse, 63 ans en 2010, a commencé sa carrière en 1965 et exerce le métier d'assistante maternelle depuis 1968. Depuis, elle a élevé 26 enfants jusqu'à leur âge de 6 ans. Elle aurait bien voulu prendre sa retraite à 60 ans. Mais les cotisations retraite des assistantes maternelles (qui ont un régime particulier) n'ont été complètes, à 4 trimestres par an, qu'à partir de 1992 [avant cette date, les assistantes maternelles ne validaient qu'un trimestre par an et par enfant élevé].

A ce jour, étant fatiguée – elle a subi deux opérations de neurochirurgie au niveau du cerveau –, si elle veut partir, elle ne touchera qu'environ 150 euros par mois. Même en travaillant jusqu'à l'âge de 65 ans elle ne touchera que 600 euros, dont 100 euros de retraite complémentaire. Est-ce normal, après avoir travaillé à temps plein pendant toutes ces années ?

Seniors en fin de droit, par F.

J'aurai 59 ans le 16 octobre. De 1975 à 1995, j'ai été contrôleur du Trésor public, mais ayant élevé deux enfants et également suivi mon mari au gré des diverses mutations en France, la comptabilité publique ne retient que 18 ans de service. J'ai ensuite été recrutée par contrat (12 ans en CDD renouvelés trois fois) par une mairie, comme directrice des services. Aux dernières élections de 2008, le maire ne m'a pas renouvelée. Je suis en fin de droits et en mars 2011, je ne toucherai plus aucune indemnité. Je devrai attendre encore six mois, ou dix si la loi passe, pour toucher ma pension : dix mois sans aucun revenu me semble impensable et totalement injuste. Le Sénat ne peut-il pas se pencher sur le cas des seniors en fin de droits pour leur permettre au moins de toucher leur retraite le plus vite possible ?

L'inaccessible étoile, par Marie-Ange A.

C'est l'angoisse. Je me suis mariée très jeune, à 19 ans. J'ai tout de suite eu deux enfants, je croyais qu'être femme au foyer tout en faisant du bénévolat était suffisant, mon mari pouvant subvenir assez confortablement à notre petit train de vie tranquille. Les enfants grandissant, un seul salaire ne suffisait plus, j'ai donc commencé à travailler à 33 ans. Après une période de chômage technique en 1998, j'ai traversé sept ans de précariat. Aujourd'hui, j'ai 60 ans et me suis séparée consensuellement de mon mari. Je touche une pension alimentaire dérisoire (250 euros par mois). Cela fait 3 ans que je suis à nouveau en CDI. J'espère pouvoir être active le plus longtemps possible, pour ne pas penser à ce que je toucherai le moment de la retraite venu.

Ma première année, en 1972, compte dans mes 25 "meilleures années", par Dominique S. C.

Née en 1950, j'ai commencé à travailler en 1972 à temps complet, avec une rémunération plutôt bonne, puis de multiples interruptions (pour suivre mon mari à l'étranger puis diverses périodes de chômage). Avec deux enfants, mon solde de trimestres est correct. En revanche, le montant de la retraite est lui basé sur les 25 meilleures années. Lorsqu'une année n'a pas été "complète", que ce soit du fait du travail partiel ou du chômage (les indemnités chômage n'entrant pas dans le calcul du montant des pensions), elle se trouve quand même comptabilisée dans vos 25 "meilleures années", faisant ainsi dégringoler cette moyenne. Dans ma moyenne, figure ma première année de travail en 72, c'est tout dire...

On nous en demande trop, par Christiane R.

J'ai commencé à travailler à 22 ans en 1973 car j'attendais un enfant et mon époux faisait son service militaire. Je faisais deux mi-temps : professeur dans un collège privé et archiviste. En 1976, mon mari s'est installé ; j'ai démissionné pour le suivre. Notre famille s'est agrandie avec deux autres enfants. Pendant 10 ans, j'ai travaillé avec lui à mi-temps, mais je n'avais pas le statut de conjoint collaborateur. J'ai pris des cours du soir, obtenu le diplôme d'étude comptable supérieur. Puis nous avons divorcé. En 1985, j'ai repris mon premier travail de professeur-remplaçante, puis me suis orientée dans la formation pour adultes (à temps partiel et en CDD uniquement). En 1996, les enfants désormais grands, je suis partie en formation à Paris pendant un an pour apprendre un métier manuel : sculpteur décorateur. J'ai obtenu mon CAP et depuis quinze ans, je travaille pour le théâtre et le cinéma (comme intermittente) : un travail physique, mais que j'aime. A 59 ans, j'ai validé 121 trimestres et ma pension retraite à 60 ans est estimée à 357,50 euros.

La double peine du temps partiel, par Marie L.

Je fêterai mes 60 ans le 19 août 2011. Mais une question me taraude : quand vais-je pouvoir profiter de la vie, et avec quel montant de pension ? J'ai commencé à 18 ans dans le privé, je suis rentrée dans la fonction publique à 25 ans. J'ai eu deux enfants, pour lesquels j'ai pris du temps partiel – je souhaitais profiter des mercredis, les emmener au ciné, leur raconter des histoires, les voir grandir : je vais le payer cher, très cher, alors que ce temps partiel m'était enlevé de mon salaire. Une double peine !

J'ai demandé une estimation de ma pension, et si je veux vivre correctement (montant estimé : 1 200 euros), je devrai travailler jusque 63 ans, bien que je n'aurai pas à cette date les 41 annuités fatidiques de la fonction publique. Je me bats contre cette réforme, je manifeste depuis le début et j'explique à toutes les générations la paupérisation de notre société.


1. Propos recueillis dans l'édition du 06/10/2010 du quotidien Le Monde.

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