Chronologie d'un mouvement social

manif-retraites2La logique de démantèlement des droits sociaux s'illustre parfaitement avec la réforme des retraites. Les manoeuvres du président de la République, faites de contradictions, d'annonces erronées et de mensonges, sont destinées à dissimuler les réelles intentions.

Alors que le candidat Nicolas Sarkozy avait affirmé en 2007 la persistance du droit à la retraite à 60 ans, alors qu'il avait affirmé que la loi Fillon de 2003 ferait son effet jusqu'en 2020, allors qu'il avait annoncé ne pas avoir de mandat pour reporter l'âge de départ en retraite, François Fillon annonce publiquement que le dossier sera traité en 2012. L'agenda social, présenté le 15 février 2010, contredit une fois de plus les déclarations rassurantes et inclue l'iminente réforme des retraites. L'année sociale 2010 s'annonce chargée.

Dès le 17 février, une intersyndicale formée par la CGT, CFDT, UNSA, FSU et Solidaires, appelle les salariés de tout le pays à manifester le 23 mars. La participation est faible, environs 800 000 manifestants. La veille, Eric Woerth est nommé ministre du travail en charge du dossier des retraites. Le 14 avril, le Conseil d'orientation des retraites (COR) remet au premier ministre un rapport évoquant des projections allant jusqu'en 2050. Le 16 mai, le document d'orientation sur les retraites est remis aux partenaires sociaux. Une nouvelle manifestation est organisée par l'intersyndicale le 27 mai. La participation, environ 1 million de manifestants, est légèrement supérieure. Un avant-projet de réforme est présenté le 16 juin. La manifestation, organisée pour le 24 juin, prend de l'ampleur : 2 million de manifestants. Le 13 juillet, le projet de réforme est présenté en conseil des ministres, puis en commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Le 24 août, le ministre du travail propose aux partenaires sociaux de les recevoir. Seul le patronat a répondu à son invitation.

Durant tout l'été 2010, l'affaire Bettencourt crée la contradiction entre les sombres affaires impliquant le ministre du travail lui-même et la perspective de réduction historique d'avantages sociaux, comme la retraite. Rendez-vous est donné pour le 7 septembre, date de début des débats à l'assemblée, pour une grande manifestation intersyndicale qui rassemblera 2,7 millions de salariés, chômeurs et retraités dans la rue. C'est la première fois qu'une manifestation est organisée si tôt dans l'année scolaire. Avant même le 7 septembre, l'intersyndicale décide d'une nouvelle manifestation le samedi pour permettre une participation plus importante des salariés. Celle-ci est annulée, mais une nouvelle date est retenue. Ce sera pour 15 jours plus tard, le 23 septembre.

Le 15 septembre, le projet de loi est voté solennellement à l'Assemblée nationale. Le mouvement enfle encore. La manifestation du 23 septembre rassemble 3 millions de manifestants dans tout le pays. Le samedi suivant, 2 octobre, la participation reste soutenue. Les débats au Sénat débutent le 5 octobre. Le 12 octobre, le record des manifestants est battu avec 3,5 millions de personnes. François Fillon déclare "nous sommes décidés à mener cette réforme jusqu'à son terme".

Le 16 octobre constitue le second samedi de contestation avec 3 millions de manifestants, soutenus notamment par les lycéens et étudiants. Le lendemain, Fillon déclare "le blocage est lié au fait que les partenaires sociaux depuis le mois d’avril refusent de discuter d’un report de l’âge légal de 60 à 62 ans ; c’est la clef du financement". "Le débat ira jusqu’à son terme et ce sera voté". François Fillon s’est adressé à François Chèreque de la CFDT et l’a invité à discuter avec lui : "un homme de dialogue", "il sait que ma porte est ouverte il se souvient que c’est ensemble que nous avions signé en 2003 un accord sur une réforme des retraites".

Le 19 octobre, la manifestation ne faiblit pas et compte 3,5 millions de manifestants, alors que de nombreuses raffineries de pétrole sont bloquées. La pénurie d'essence fait son effet. Le vote de la loi est prévu pour le 20 octobre au Sénat. Il est repoussé au 21, puis au 22. Il est décidé enfin pour le 27 octobre. Deux nouvelles journées de mobilisation sont arrêtées par l'intersyndicale pour le 28 octobre et le 6 novembre. Nicolas Sarkozy ordonne le déblocage des raffinneries de pétrole. La veille, le gouvernement confirme qu'il proposera aux partenaires sociaux d'engager un dialogue sur l'emploi des jeunes comme l'a suggéré la CFDT. Le 2 novembre, le Conseil constitutionnel est saisi, mais n'empêche pas la promulgation de la loi  dès le 10 novembre.

Alors que la loi est votée et promulguée, l'intersyndicale formée par la CGT, la CFDT, FSU, Solidaire et l'UNSA, poursuit son combat avec des mobilisations prévues pour le 23 novembre. A Paris, il est prévu un cortège allant d'Opéra vers la Bourse. De nouvelles échéances sont prévues par le gouvernement pour continuer les opérations menant à la capitalisation du système de retraite. Lorsque les salariés, qui ne disposent pas suffisamment de ressources pour se financer leur retraite, auront compris qu'ils seront à court terme soumis à la pauvreté, peut-être qu'ils se décideront à réagir... Il n'est jamais trop tard.

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