Comment les directions guident les organisations syndicales ?
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- Publié le jeudi 26 mai 2011 20:56
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Lorsqu'on se retrouve pieds et poings liés par une législation du travail encore trop contraignante au goût des chefs d'entreprise, il suffit de faire preuve de finesse pour s'octroyer de confortables marges de manœuvre. Et si certaines organisations syndicales permettent en plus de donner un coup de pouce en laissant faire, la voie royale est ouverte pour se frayer une route à sens unique. Il s'agit bien sûr du sens unique de la direction. Ainsi en est-il à VWIS, où la direction des ressources humaines exerce des talents de communication hors pair à l'occasion d'une énième prorogation de l'accord ARTT de 2005. Cette fois, on y inclue une prorogation de six mois des mandats des salariés élus et, cadeau de la maison, une négociation de gré à gré pour les salariés en modalité 11, désireux de passer en modalité 22. Pourquoi tant de bonté ?
En deux temps, trois mouvements, la direction prépare le terrain de nos chers amis syndiqués, proches du patronat, qui ne manqueront pas de vanter leurs efforts en faveur des salariés précaires. Pendant ce temps, on savonne énergiquement le parquet de la CGT, histoire de s'en débarrasser une bonne fois pour toute. Car il s'agit bien sûr d'écarter notre valeureux chevalier de négociations qui devraient forcément reluire le blason des représentants du personnel concerné. La DRH s'en occupe bien. Elle se rend bien compte, elle, qu'en effet le blason de nos amis de la liste concurrente est bien terne en ce moment. Un retour d'ascenseur peut toujours aider !
Le texte de l'accord de prorogation est savamment étudié, car il place les organisations syndicales dans un étau entre l’exigence d’une signature unanime et l’acceptation de l'inacceptable : prévoir des échanges de gré à gré en compagnie d'un délégué du personnel... choisi par la direction ! Pas question de négocier pour l'ensemble des salariés concernés, tout est fait individuellement. Autant dire que la proposition ne vaut pas un clou, car le marchandage individuel n'est institué que pour une seule intention, celle de diviser les salariés. Comment ? Pierre passera en modalité 2 parce qu'il est mieux considéré par la direction que Paul, qui n'aura que ses yeux pour pleurer... Gageons que Pierre et Paul ne resterons plus les mêmes collègues chaleureux et amicaux qu'ils étaient jusqu'ici. C'est bien le but recherché. Et dans cette guerre de compétition, les délégués du personnel eux-mêmes ne se rendent pas compte du piège des "échanges" individuels. Piètre prestation que voilà !
Mais les salariés eux-mêmes, qu'en pensent-ils ? Nous croyons en l'intelligence collective des salariés qui se rendront bien compte de la supercherie. Nous faisons appel à leur clairvoyance pour ne pas se prendre à ce jeu-là et revendiquons, avec leur soutien, des négociations collectives.
Qu'en serait-il de la situation pour le cas où, saisis d'un moment de lucidité exceptionnelle, nos délégués syndicaux se rendent compte de la manigance et menacent de ne pas signer ? Soit, nous aurons gain de cause et il sera alors envisageable de négocier collectivement, c'est-à-dire efficacement, soit l'accord de prorogation n'est pas signé et les élections professionnelles devront se dérouler dans six mois. Et alors ? Pourquoi pas ? Pour éviter la surcharge de travail de la DRH ? La CGT n'en a que faire. On ne badine ni avec les mandats, ni avec les accords. Restons sérieux et négocions en adultes...
1 - Modalité 1 : personnel non cadre, cadres intégrés ou d'exécution (programmeur, analyste d'exploitation).
2 - Modalité 2 : cadres dont la nature des tâches (responsabilité d'expertise technique ou de gestion qui ne peuvent s'arrêter à heure fixe, utilisation d'outils de haute technologie mis en commun, coordination de travaux de collaborateurs travaillant aux mêmes tâches) est telle qu'il ne peuvent suivre strictement un horaire prédéfini.
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