Lorsque la collusion fait le lit de la régression sociale

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regression-socialeLa mobilisation des salariés de Veolia Water Information Systems a démontré les effets désastreux d'une démarche unitaire qui ne peut être respectée par des syndicalistes trop proches des préoccupations de la direction. Alors que cette démarche de rassemblement était exclue dès la proposition des syndicats de progrès CFDT et CGT, le succès d'une assemblée générale, qui a rassemblé une majorité de salariés, a incité la CFTC a se joindre à l'initiative. La présence de ces trois syndicats, pour permettre aux salariés d'exprimer leur mécontentement à l'occasion des négociations sur les salaires, a généré une dynamique rarement observée dans l'entreprise.

Cette dynamique, qui semblait montrer l'adhésion quasi unanime des salariés pour une grève d'une heure si la dernière réunion de négociation n'aboutissait à aucune avancée significative, devait se confirmer lors d'une seconde assemblée générale où, cette fois, tous les syndicats étaient réunis. C'est sans compter sur l'efficacité d'une retenue toute symptomatique de compères dont la responsabilité syndicale est plutôt attachée à organiser la paix sociale chère à la direction, plutôt que de mobiliser pour les salaires. Les salaires, cette question que les délégués syndicaux UNSA et CFE-CGC ont réussi à occulter de toutes leurs forces lors d'une assemblée générale dont l'objet même était de décider d'une action après l'échec des négociations.

Nos fins limiers ont préparé le terrain glissant que tout le monde à emprunté et sur lequel tous sont tombés. Alors qu'il s'agissait de décider des actions à entreprendre pour donner de la force aux revendications salariales, les débats ont pris une tournure qui a cédé à la confusion la plus totale. Au lieu de porter les débats sur la décision d'une grève, les syndicalistes UNSA et CFE-CGC se sont lancés dans un embrouillamini technique au sujet de la signature du protocole de désaccord. Qu'est-ce qu'un procès-verbal d'accord ? Qu'est-ce qu'un procès-verbal de désaccord ? A quoi sert ce dernier ? Que signifie la signature d'un procès-verbal de désaccord par rapport à un procès-verbal d'accord non signé ? Que signifie un procès-verbal de désaccord non signé ? Toute une série de questions dont les réponses n'ont pas été préparées comme il se doit et qui ont ouvert la porte à un questionnement général... auquel nos compères syndiqués n'ont apporté aucune réponse satisfaisante. De fait, au moment de décider sur la décision à adopter quant à la signature d'un procès-verbal, les salariés étaient perdus. Finalement, la question essentielle n'a pas été tranchée, celle d'une action en faveur des salaires.

Grâce aux efforts tout singuliers de nos détracteurs, les salariés de VWIS se retrouvent face à la pire des situations. Que les syndicats, en choeur, ne signent pas l'accord sur les salaires parce qu'ils considèrent que le compte n'y est pas, cela montre une certaine combativité. Mais lorsque les trois syndicats, englués avec la direction, signent le procès-verbal de désaccord sans appeler à la mobilisation, ces syndicalistes-là perdent leur crédibilité et les salariés... le reste. Signer le procès-verbal de désaccord sans mobilisation, c'est plier devant les injonctions baissières de la direction sans le moindre espoir d'une avancée sociale. Le contraire de ce que peuvent attendre les salariés de syndicalistes responsables !

Certaines voix bien intentionnées avanceraient, peut-être pour calmer leur malaise, qu'il ne s'agit pas d'user tout de suite toutes nos cartouches. Les réserver pour nos futurs rendez-vous sociaux, notamment la renégociation de l'accord sur le temps de travail, serait certainement plus judicieux. C'est oublier que la direction est aidée par un gouvernement dont les initiatives sont entièrement orientées sur la liquidation de nos droits. La loi, dite Warsmann, votée la semaine dernière, oblige les organisations syndicales à conclure sous deux mois un accord de compétitivité-emploi qui, pour accéder à une revendication phare du MEDEF, doit permettre aux entreprises d'ajuster la durée du travail (et donc les salaires) à la conjoncture, en échange d'une garantie du maintien de l'emploi. En clair, il s'agit d'inscrire dans le marbre des conditions de travail plus difficiles avec une diminution de salaire sans embauches supplémentaires. On a vu les ravages de tels accords. Celui de la société Continental à Clairvoix en est une illustration éclatante. Malgré les efforts importants des salariés qui ont accepté une baisse de leur salaire, l'entreprise n'a pas hésité à licencier.

Adieux donc aux 35 heures, adieux surtout aux 35 heures à VWIS, car nous connaissons bien maintenant la combativité des uns et des autres. Pour autant, la CGT ne baisse pas les bras. Les salariés peuvent compter sur notre appui. Mais nous ne pouvons pas agir seul...

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