La gestion des ressources humaines : une idéologie pernicieuse.

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vincent-de-gaulejacLa nécessité d'une gestion des ressources humaines est inspirée par l'idée que les salariés (les "ressources humaines") doivent être soutenus, canalisés pour parvenir à un niveau de productivité maximum. Lorsque jadis la réflexion sur l'optimisation de la rentabilité se concentrait essentiellement sur les outils de travail pour améliorer la productivité, aujourd'hui, en particulier dans les métiers du service, cette optimisation concerne également les salariés eux-mêmes, c'est-à-dire leur comportement en situation de travail.

Cette idéologie, consistant à assurer une meilleure rentabilité en aliénant les salariés à leur travail, présente un versant dangereux car elle cherche à modifier directement le comportement des salariés en conditionnant leur psychologie. La gestion des ressources humaines aboutit à créer l'adhésion des salariés à des comportements qu'ils réprouveraient sans une dépendance forte à l'entreprise. Lorsque les besoins essentiels des salariés, économiques et sociaux, semblent alors couverts par l'entreprise, leur adhésion inconditionnelle garantit l'optimisation recherchée.

Soudain, les comportements des salariés changent pour obéir à une règle primordiale : rester compétitif. Faisant l'amalgame entre les objectifs économiques de l'entreprise et leurs propres objectifs, les salariés considèrent que leur seule chance d'une vie meilleure réside dans une réponse individualiste, car seuls les meilleurs sont récompensés. La lutte des classes devient lutte des places. Cette compétitivité sans limites façonne des esclaves du travail. L'intériorisation du réflexe compétitif conduit à des comportements extrêmes qui mènent inévitablement à des souffrances physiques et psychiques. Heures supplémentaires, heures "gratuites", obéissance inconditionnelle sont autant de comportement jugés comme nécessaires en entreprise. L'aliénation subie par les salariés les rend incapables de rompre le cercle infernal du besoin économique, impliquant leur adhésion totale à des objectifs que l'entreprise considère toujours comme insuffisants. C'est un principe qui s'applique à l'entreprise elle-même : les exigences de rentabilité des actionnaires devant correspondre aux gains qu'ils récupèrent en bourse, l'entreprise est condamnée à une rentabilité maximum, quelles que soient les conditions pour y parvenir. Celles-ci ont malheureusement toujours des implications directes sur la santé des salariés.

Par opposition au modèle d'implication des salariés qu'imposent les entreprises, la gestion des ressources humaines doit se substituer à une gestion humaine des ressources. Il ne s'agit plus de servir exclusivement l'entreprise, mais de placer l'être humain au coeur de la société. Seuls les salariés sont capables d'inverser la tendance pour changer leur vie. Rompre le dogme  de l'impérieuse nécessité d'atteindre les objectifs de l'entreprise est le premier pas qui permet de changer la vie quotidienne. Le moyen pour y parvenir ne peut passer que par la syndicalisation. C'est le pas décisif !


Nous vous conseillons à ce sujet la lecture du livre de Vincent de Gaulejac "La société malade de la gestion", éditions du Seuil.

Voir la video sur une conférence de Vincent de Gaulejac donnée à la Haute Ecole de Travail Social à Genève.

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