Evolution de l'offshore dans le secteur informatique

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Une étude du cabinet SECAFI montre que les débats sur le sujet de l'offshore (externalisation), abordés en 2003 / 2004 laissent désormais place au silence de l'acceptation. Faute de chiffres concrets sur l'évolution du phénomène, les observateurs sont réduits à procéder à des sondages.

Absence de chiffres précis et mouvements massifs au Royaume-Uni

Un article du IT Job Board indique en août 2009 que 64,1 % des sociétés ont indiqué avoir externalisé une partie de leur informatique dans les six derniers mois. Pour 60 % d'entre elles, la partie externalisée représente plus du tiers de leur informatique et pour 34 % d'entre elles, plus de la moitié de leur direction informatique. A 80 %, l'offshore a pour destination l'Inde. L'estimation de ce mouvement concerne 75 % des développements, 67,1 % du support et 48,3 % de l'administration, mais seulement 4,7 % des directeurs informatiques et 16,1 % des managers. Ces proportions sont à mettre en rapport avec une baisse de 57 % des offres d'emplois informatiques observée entre 2008 et 2009.

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, on peut se rapporter à un autre sondage réalisé auprès de 1 000 sociétés en juin 2006 par un organisme de "gestion de talents", E-skills UK où seulement 4 % des sondés avaient alors recours à l'offshore, et où 94 % indiquaient ne rien avoir externalisé et n'avaient pas de plan pour le faire dans les deux ans à venir. Seulement 2 % des sociétés envisageaient de le faire à cet horizon ! La crise a imposé un revirement important tant la réduction des coûts par ce moyen est devenue pressante.

En France aussi, le processus s'accélère

Maintenant que les grandes SSII se sont dotées de moyens à l'externalisation et que les entreprises françaises signent directement avec des sociétés indiennes, il devient évident que l'offshore est un moyen incontournable pour réduire les coûts. Or, une étude de 2005 tendait déjà à démontrer que la rentabilité réelle de tels projets n'était pas forcément au rendez-vous. De même, les directions générales de grandes SSII imposent une accélération de l'offshore, mais les opérationnels se heurtent à la réalité du terrain. Pour l'instant, les objectifs ne sont pas atteints du fait aussi d'une certaine réticence de la part du client.

Erosion des marges des SSII tant en France qu'en Indetouches-offshore

Les marges des SSII françaises ont baissé de 8 % dans les années 1960-1970 à environ 5 % (Sopragroup) aujourd'hui. Ce phénomène s'explique notamment par la pression sur les prix exercée par les clients. Or, les SSII indiennes revendiquent des marges nettement supérieures : 15 % pour Wipro, 27 % pour Infosys. La différence se fait au niveau de la marge opérationnelle, puisque là où Sopra Group affiche 9 % pour son exercice 2008, Wipro affiche 21 % et Infosys ressort à 27 %. De fait, l'écart principal se situe sur le coût des salaires rapporté au chiffre d'affaires : 64 % pour Sopra + 11 % de sous-traitance technique, contre 42 % pour Wipro et 44 % pour Infosys + 6 % de sous-traitance technique. Par ailleurs, l'écart sur les coûts des locations, charges locatives, entretien et réparations en 2009 n'est pas négligeable non plus : 2,7 % du chiffre d'affaire pour Sopragroup comparés à 0,6 % pour Wipro et 0,7 % pour Infosys.

Visibilité peu claire sur les salaires indiens

La lecture des rapports annuels des sociétés indiennes jette cependant un doute quant aux effectifs de salariés. Wipro indique un total de 84 020 salariés pour l'ensemble de ses services informatiques en fin d'exercice à mars 2009, mais exclue les effectifs des filiales et surtout, ceux dédiés aux services informatiques locaux, alors que cette société pèse environ 10 % du marché indien ! Il est donc pratiquement impossible d'analyser le salaire moyen. Infosys indique un total de 85 851 salariés, mais il ne s'agit que du personnel de la maison mère.

Glissement sémantique de l'offshore

En 2005, la distinction entre nearshore et offshore se fondait sur les limites géographiques nationales (nearshore : à l'intérieur du pays, offshore : à l'extérieur). Actuellement, la distinction se fait plutôt sur la base d'une proximité géographique plus étendue et culturelle. C'est pourquoi le Maghreb et l'Espagne ne sont plus considérés dans la catégorie offshore, mais nearshore, au même titre que les centres de services partagés établis en régions. Selon l'étude de Pierre Audouin Conseil de début 2009, les différentes localisations des ressources offshore françaises se répartissent comme suit : Europe de l'est 33 %, Inde 29 %, Espagne 17 %, Maghreb 13 %, autres 8 %.

Les freins temporaires

L'assistance technique apparaît comme un mode de fonctionnement privilégié en France à l'inverse des autres pays, car il a permis aux clients de bénéficier d'une réactivité importante dans la prise en compte de l'évolution de ses besoins, mais aussi dans la possibilité d'un ajustement rapide aux aleas économiques. Cette flexibilité, associée à la concurrence des SSII entre elles, a permis d'obtenir des prix bas comparés au reste des pays européens. C'est ainsi que le SYNTEC jugeait que l'écart de prix par rapport au reste de l'Europe se situe entre 20 % et 50 % en dessous. Cette réactivité et cette flexibilité ont agi comme un frein à l'industrialisation en France des prestations informatiques.

L'industrialisation nécessite des rapports formalisés, avec une communication réduite aux seuls directeurs de projets chez le client et chez le prestataire et, surtout, fondée sur le suivi du cahier des charges arrêté en commun. Généralement, la solution permettant à la fois de commencer à répondre à la baisse des prix exigée par le client passera par la phase intermédiaire du nearshore, avant l'offshore. Ainsi le client pourra-t-il commencer à avoir avec son prestataire une relation plus éloignée et donc déjà plus formalisée. Il convient de noter que la phase intermédiaire du nearshore, suite au glissement sémantique déjà souligné, peut aussi bien concerner un ou plusieurs centres de services partagés en régions, que des implantations au Maghreb, zone où l'ensemble des SSII françaises est implanté.

Effets durables de la crise

L'accroissement de la proportion des travaux à l'offshore ne se fera pas d'une manière étalée et progressive. Il sera accentué pour certains projets, à l'instar de ce qui est déjà constaté pour les opérateurs telecom, connus pour leur forte pression sur les prix (contrat SFR / Atos Origin dès le début à 80 %-90 % en inde ou contrat SFR -Steria avec une plate-forme de gestion des infrastructures en Pologne.

En termes d'organisation du travail, le bouleversement sera également d'autant plus marqué que les développements à l'offshore ne se présentent plus du tout selon le modèle d'un front office, concepteur et pilote, et d'un backoffice purement exécutant. La différence ne se fera plus que sur le critère de ce qui nécessite absolument une certaine proximité, mais la conseption et le pilotage pourront aussi bien être réalisé depuis l'Inde. Un autre aspect que pourra revêtir le recours à l'offshore sera le déploiement de solutions de type SAP à l'international et singulièrement dans les pays non européens.

L'offshore, une tendance lourde

Du point de vue des donneurs d'ordre, la preuve que l'offshore fonctionne bien réside dans la réussite des SSII indiennes, qui sont supérieures à celles des SSII traditionnelles : croissance plus forte et marges supérieures. Peu importe que la comparaison ne soit pas réellement juste quant aux activités exercées, peu importe que l'économie de tel ou tel projet ne soit pas finalement celle escomptée. L'offshore fonctionne comme un argument offert par le marché informatique contre lui-même. Le discours des donneurs d'ordre est simple : " Puisque d'autres secteurs le font, vous devez procéder de même."

Une des conclusions à dégager est bien celle-ci : grâce à l'offshore, le secteur informatique se professionnalise et s'industrialise, car ce sont bel et bien les conséquences de cette évolution que le secteur et ses salariés commencent à ressentir :

  • baisse inexorable des marges pour devenir celles d'un secteur "industriel",
  • mouvement de concentration au profit des plus grands. On notera que le SYNTEC a annoncé s'attendre à la disparition d'environ 20 % des ses 1 250 adhérents en 2009.
  • les salariés ne connaîtront plus d'évolution de poste au cours de leur vie professionnelle en SSII du fait d'une remise en cause du modèle d'école d'application des SSII.
L'informatique souffre déjà d'un manque d'attractivité. Par l'évolution en cours, elle attirera de moins en moins de nouveaux diplômés, y compris dans les compétences pour lesquelles le SYNTEC juge qu'il existe déjà une pénurie de talents.
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