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Calendrier julien, grégorien : pourquoi une date change selon les pays

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Un même événement, deux dates possibles selon la source consultée : ce n’est ni une coquille, ni une négligence des historiens. C’est la trace d’un problème de calendrier vieux de plusieurs siècles, réglé à des rythmes très différents selon les pays.

Un calendrier trop long de onze minutes par an

Le calendrier julien, fixé du temps de Jules César, part d’une année de 365,25 jours : trois années de 365 jours suivies d’une année bissextile de 366. Bonne approximation pour l’époque, mais approximation quand même : l’année solaire réelle, celle que suit la Terre autour du Soleil, dure environ 365,2422 jours. L’écart, une dizaine de minutes chaque année, paraît négligeable. Il ne l’est pas sur la durée.

Accumulé siècle après siècle, ce petit décalage finit par déplacer les repères que le calendrier est censé fixer, en particulier l’équinoxe de printemps, dont dépend le calcul de la date de Pâques. Au seizième siècle, l’équinoxe qui aurait dû tomber le 21 mars survenait déjà dix jours plus tôt dans le calendrier julien.

Grégoire XIII et les dix jours qui n’ont jamais existé

C’est pour corriger cette dérive que le pape Grégoire XIII promulgue en 1582 la réforme qui portera son nom. Le principe retenu tient en deux volets. D’abord, rattraper le retard accumulé en supprimant purement et simplement dix jours du calendrier : dans les pays qui appliquent la réforme dès sa promulgation, le lendemain du 4 octobre 1582 devient directement le 15 octobre 1582. Ces dix jours-là n’ont, pour ainsi dire, jamais existé dans le calendrier civil de ces régions.

Ensuite, empêcher que l’écart ne se reforme : le calendrier grégorien affine la règle des années bissextiles en excluant les années séculaires non divisibles par 400. L’an 1900 n’est ainsi pas bissextile, contrairement à ce qu’aurait donné le calendrier julien, alors que l’an 2000 l’est bien. Cette correction, minime en apparence, suffit à ramener l’année calendaire près de l’année solaire réelle.

La réforme s’applique d’emblée dans les territoires catholiques les plus proches de Rome : les États pontificaux, l’Espagne, le Portugal et une grande partie de l’Italie basculent dès 1582, suivis de près par la France, où le lendemain du 9 décembre 1582 devient le 20 décembre.

Une adoption en ordre dispersé, sur plusieurs siècles

Rien n’oblige les royaumes non catholiques à suivre une réforme décidée par un pape, et beaucoup s’en abstiennent longtemps. La Grande-Bretagne, avec ses colonies nord-américaines, n’adopte le calendrier grégorien qu’en 1752, soit près de deux siècles après Rome : le lendemain du 2 septembre y devient le 14 septembre, l’écart s’étant encore creusé entre-temps. Des pays protestants d’Europe du Nord et centrale échelonnent leur passage sur les dix-septième et dix-huitième siècles, chacun à son propre rythme politique et religieux.

Le cas le plus tardif reste celui de la Russie, qui conserve le calendrier julien jusqu’au vingtième siècle. Le changement n’y intervient qu’en 1918, sous le gouvernement bolchevique : le lendemain du 31 janvier devient le 14 février. Conséquence souvent citée : la « révolution d’Octobre » s’est déroulée en octobre selon le calendrier julien alors en vigueur en Russie, mais en novembre selon le calendrier grégorien déjà utilisé par le reste de l’Europe. Les deux dates désignent le même événement.

« Ancien style », « nouveau style » : la mention qui trahit le grand écart

Cette coexistence prolongée de deux calendriers explique une mention que l’on croise régulièrement dans les documents d’archives, les correspondances ou les biographies anciennes : « ancien style » (souvent abrégé A.S., ou O.S. pour old style en anglais) pour désigner une date julienne, « nouveau style » (N.S.) pour la date grégorienne équivalente. Un historien qui date un événement russe ou anglais du dix-huitième siècle peut ainsi préciser les deux dates côte à côte, précisément parce que ses lecteurs répartis dans différents pays ne comptaient pas encore selon le même calendrier au moment des faits.

C’est cette mention, plus que toute autre, qui trahit l’origine du problème quand on tombe dessus dans une source ancienne : elle signale que l’auteur a jugé utile de désambiguïser, précisément parce que la confusion était fréquente et réelle à son époque.

Le calendrier républicain, une parenthèse bien française

La France a d’ailleurs, dans cette histoire des calendriers concurrents, sa propre digression. Après avoir adopté le calendrier grégorien dès 1582, elle l’abandonne temporairement pendant la Révolution au profit d’un calendrier républicain, en vigueur de 1793 à 1805 puis brièvement réutilisé en 1871. Ce calendrier repart d’une nouvelle année zéro, celle de la proclamation de la République, et renomme entièrement les mois selon les saisons : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire pour l’automne, Nivôse, Pluviôse, Ventôse pour l’hiver, et ainsi de suite jusqu’à Fructidor. Les événements survenus durant cette période, comme certains épisodes de la Terreur, sont donc parfois datés selon ce calendrier révolutionnaire dans les sources d’époque, et selon le calendrier grégorien dans les usages actuels : une troisième couche de conversion possible, propre à cette période de l’histoire française.

Le jour julien des astronomes, une autre échelle encore

Il faut enfin éviter une confusion fréquente avec un outil qui porte, lui aussi, le nom de « julien » sans avoir de rapport direct avec le calendrier de Jules César : le jour julien utilisé en astronomie. Il s’agit d’un simple compte continu des jours, sans division en années ni en mois, débutant à une date conventionnelle très ancienne. Les organismes qui calculent les éphémérides, comme l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE), s’appuient sur cette échelle pour dater précisément des observations sans se soucier des réformes successives des calendriers civils. Le nom rappelle Jules César, mais l’outil n’a rien à voir avec le calendrier qui portait cette dérive de onze minutes par an.

Pour aller plus loin sur les dates, les repères et les zones d’ombre qui traversent l’histoire, notre rubrique Histoire & Énigmes revient régulièrement sur ce type de casse-tête chronologique. L’article Calendrier grégorien de Wikipédia détaille pays par pays les dates exactes d’adoption de la réforme.


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